"Les vallées" sont fermées, vivent "Les vallées" !

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Hotel des Vallées Loures-Barousse 65

Ils étaient plus de vingt dans les Années folles, encore treize dans les années soixante, et ne sont plus du tout depuis peu.

Ils s'appelaient "Le divan", "La charmille", "Le terminus", "L'hôtel Michel", "L'hôtel de la poste", "L'hôtel de France", "Les catalpas", "L'hôtel de Paris", "L'hôtel des Pyrénées", "L'hôtel du commerce", "L'hôtel du parc", "Chez Lamoure", à Loures-Barousse, "Les marronniers", "L'Olympe", "Le grand hôtel des thermes", "L'hôtel Berger", "L'hôtel des bains",  "L'hôtel du rocher", "Le beau site" à Barbazan.

Et "Les vallées"à Loures.

L'hostellerie des vallées, "Les Vallées" pour les proches, le dernier des établissements hôteliers du Loures-Barbazan florissant, a récemment fermé ses portes.

Le décès de sa gérante, madame Soileu, a eu raison d'une longue et difficile résistance de plusieurs décennies.

Après le "Rocher", les "Marronniers" naguère ainsi que "L'Aristou" apparu dans les années soixante-dix, face au château, ou encore le "Bella Vista", également à Barbazan.

Abandonnées, détruits ou convertis les uns après les autres.

Une fatalité ? 

Certes, trois facteurs majeurs sont à l'origine de cette débâcle au long cours : la chute du thermalisme en relation avec la décolonisation, d'une part, l'engouement pour les plages et littoraux à la fin des années soixante, d'autre part assorti du changement de comportement des "nouveaux" touristes.

Le thermalisme et les sports de montagne étaient, en effet, les principaux ressorts de l'activité hôtelière locale et, plus largement, du Comminges.

Premier choc : un thermalisme mis sérieusement à mal par le doute croissant dans les vertus thérapeutiques des eaux de sources et subissant en quelques années la disparition d'une clientèrele principalement issue des anciennes colonies, du fait du retour des expatriés.

Deuxième choc : l'irrésistible appel des grands bleus, des bi et monokinis, des sports aquatiques qui ont fini par détourner la quasi-totalité des derniers vacanciers des belles montagnes.

Et un coup de grâce : la tente et ses dérivés.

Effectivement, et malgré les acquis socioéconomiques significatifs du début des années soixante-dix, préférant plus pour moins cher1, avec une prédilection pour l'inconfort, les parfums de la promiscuité et l'absence de services, les vacanciers ont choisi la toile plutôt que l'hôtel. Étrange, mais réel. Enfin, pour ce qui est des séjours en France, car les voyages à l'étranger n'ont cessé de croître au bénéfice d'une industrie du tourisme tout aussi étrangère, avion et... hôtel compris.

Ben oui, camper à Djerba la douce, à Marrakech ou à Pétaouchnok? Ah non alors, ça le fait pas ! En France, oui...

Il n'en fallait pas plus pour vider les hôtels de nos campagnes et les conduire au délaissement et à l'abandon.

Mais cela pouvait-il être anticipé et contenu, au moins en partie ?

Anticipé, incontestablement oui.

La décolonisation et le retour des expatriés : oui, et dès les accords d'Évian de 19622 (au moins).

L'exode "marin" : oui, aussi. Dès le début des années 1960 avec l'intense publicité faite à la Côte d'Azur (notamment) et aux plages dans les médias de l'époque3.

La tente : oui également. Il suffit de rappeler les incontournables publicités de M. Trigano et de Renault de l'époque.

Prévisible, la désertion des montagnes et campagnes pouvait-elle être quelque peu endiguée en permettant le maintien d'une offre d'hébergement hôtelier digne ? 

Oui, au moins en partie, ce qui serait mieux que le quasi-néant actuel.

Que la Montagne est belle ! Absolument, maintenant, pour des vacanciers, cela ne peut suffire.

Lieux, équipements, animations et activités de divertissement ainsi que de sport sont absolument nécessaires aux vacanciers et touristes4, or le peu qui en existait à l'époque (mais qui existait !) a sombré dans la décrépitude. Les établissements, eux-mêmes, se sont retrouvés dans des états confinant parfois au délabrement les contraignant à la fermeture. Combien reste-t-il de piscines, de parcs de jeux, aujourd'hui sur le territoire, pour simples exemples5 ?

Réagir convenablement n'aurait sans doute pas sauvé tous les établissements cités plus haut, pour n'évoquer que Loures et Barbazan, mais deux ou trois eut été mieux que rien.

Or réagir appartenait non seulement aux propriétaires de ces établissements et équipement, se devant de les maintenir au niveau de qualité requis (en comptabilité et gestion, les amortissements et provisions servent à cela), mais aussi aux édiles locaux, départementaux et régionaux, si ce n'est nationaux, pour ce qui est des équipements publics.

Malheureusement le mal de la cigale et une grande impéritie ont abouti à ce que l'on connaît aujourd'hui.

Il est vrai que les gîtes et autres chambres et tables d'hôtes ont fleuri, mais ces établissements ne sont pas comparables à un établissement hôtelier. Leur clientèle est spécifique et ils ne sont pas soumis aux contraintes élevées imposées à l'hôtellerie, ce qui est du reste révélateur.

La clientèle hôtelière est, économiquement différente, plus exigeante mais plus "généreuse" pour l'économie locale. 

Sans oublier que le randonneur (qui est évidemment bienvenu) ne fait que très peu fonctionner l'économie locale : arrivé de la ville le matin avec besace et gamelle, il repart le soir après un modeste café ou pot, rarement plus. Pour exemple.

Mais soyons optimistes : la multiplication des initiatives pour les épiceries locales et autres tiers lieux ou cafés associatifs montre le chemin.

Le besoin, l'utile et l'agréable finiront par avoir le dernier mot.

Alors vivent les Vallées !

Dès que possible.

 

Henri RIUS

 

Crédit photo/image : © Liliana IXARI / Comminges Direct  



1Ce qui n'est pas allé en s'améliorant en quatre décennies...
2Accords d'Évian (Wikipedia).
3Tout particulièrement à propos d'une certaine Brigitte Bardot et du Tout-Saint-Germain s'adonnant à leurs fiestas estivales à Saint-Tropez et alentours.
4Et, bien entendu, aux habitants !
5Nous procédons d'ailleurs à une étude complète à ce propos, que nous publierons sur le site.

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